Environ 43 % des sites web du monde tournent sur WordPress. En Suisse romande, la proportion chez les PME est probablement plus élevée encore : c'est le choix par défaut de la quasi-totalité des agences locales.
Nous avons développé sur WordPress pendant des années. Nous ne le faisons plus par défaut, et cet article explique pourquoi — ainsi que les cas, réels, où nous vous dirions de le garder.
De quoi parle-t-on exactement
WordPress est un système de gestion de contenu dynamique. À chaque visite, le serveur interroge une base de données, exécute du code PHP, assemble la page et l'envoie. Le thème et les extensions ajoutent leurs propres traitements à chaque étape.
Un site statique (Next.js, Astro, Hugo) inverse la logique. Les pages sont construites une seule fois, au moment du déploiement, puis stockées comme fichiers HTML sur un réseau de serveurs répartis dans le monde. Quand un visiteur arrive, il reçoit un fichier déjà prêt. Rien à calculer.
C'est toute la différence, et elle explique tout le reste.
Vitesse : l'écart n'est pas marginal
Sur un site vitrine de PME romande typique, en 4G mobile :
| WordPress + thème commercial | Statique (Next.js) | |
|---|---|---|
| Affichage du contenu principal | 3 à 5 s | 0,5 à 1 s |
| Poids de la page | 2 à 5 Mo | 150 à 400 Ko |
| Requêtes réseau | 60 à 120 | 8 à 20 |
| Core Web Vitals au vert | Difficile | Par construction |
On peut optimiser un WordPress — cache, CDN, compression d'images, chasse aux extensions — et descendre autour de 1,5 à 2,5 secondes. C'est un vrai travail, il coûte cher, et il se dégrade à chaque mise à jour.
Pourquoi cela compte commercialement. Google intègre les Core Web Vitals dans son classement depuis 2021. Un site lent est moins bien positionné, donc moins visité. Ce n'est pas une question de confort utilisateur : c'est un plafond sur votre visibilité.
Sécurité : deux surfaces d'attaque incomparables
La grande majorité des piratages WordPress ne viennent pas du cœur du logiciel, qui est plutôt bien tenu. Ils viennent des extensions — plus de 90 % des vulnérabilités recensées, selon les rapports annuels du secteur.
Le mécanisme est simple : chaque extension est du code écrit par un tiers, dont la maintenance dépend du bon vouloir de son auteur. Un site avec quinze extensions dépend de quinze mainteneurs différents.
Un site statique n'a ni base de données à injecter, ni back-office public à forcer, ni extensions tierces. La surface d'attaque n'est pas « mieux protégée » : elle est structurellement plus petite.
Autre conséquence, moins évoquée : un site pré-rendu est lisible sans exécution de JavaScript, ce qui compte désormais pour les crawlers des moteurs IA.
Nous avons repris des sites WordPress dont le formulaire de contact était cassé depuis des mois après une mise à jour d'extension. Le client pensait traverser une période creuse. Il perdait toutes ses demandes entrantes.
Le coût réel sur trois ans
C'est le calcul que peu de gens font.
| Poste | WordPress | Statique |
|---|---|---|
| Création (site vitrine) | CHF 2'500 – 6'000 | CHF 690 – 2'500 |
| Hébergement (3 ans) | CHF 600 – 1'800 | CHF 0 – 720 |
| Maintenance (3 ans) | CHF 1'200 – 5'400 | CHF 0 – 1'800 |
| Licences d'extensions (3 ans) | CHF 300 – 1'800 | CHF 0 |
| Total sur 3 ans | CHF 4'600 – 15'000 | CHF 690 – 5'000 |
L'écart de création est faible. L'écart se creuse sur les récurrents, et il se creuse chaque année.
Ce que WordPress fait mieux — et il y en a
Il serait malhonnête de présenter cela comme un match à sens unique.
L'écosystème. Vous voulez un système de réservation multi-ressources avec paiement d'acompte et synchronisation Google Calendar ? Il existe une extension WordPress mature, testée par des milliers de sites, à CHF 120 par an. En développement sur mesure, c'est plusieurs milliers de francs.
Le back-office. L'interface d'administration de WordPress est extrêmement complète et connue de beaucoup de gens. Si vous avez une équipe qui la maîtrise déjà, c'est un actif réel.
Les profils disponibles. Trouver quelqu'un qui sait intervenir sur un WordPress est facile partout en Suisse. Pour du Next.js, le vivier est plus restreint et plus cher.
Le contenu à très haut volume. Si vous publiez plusieurs articles par jour avec une rédaction de plusieurs personnes, les flux de travail éditoriaux de WordPress ont vingt ans de maturité.
Comment choisir, concrètement
Restez sur WordPress si :
- vous dépendez d'une extension métier mature qu'il faudrait redévelopper entièrement ;
- votre équipe le maîtrise déjà et le fait vivre au quotidien ;
- vous publiez énormément de contenu, à plusieurs, avec des validations ;
- votre site actuel fonctionne, charge en moins de deux secondes et vous convient.
Passez au statique si :
- votre marché se joue sur Google et vous êtes bloqué derrière des concurrents ;
- votre site met plus de trois secondes à s'afficher sur mobile ;
- vous en avez assez des mises à jour, des alertes de sécurité et des extensions qui cassent ;
- votre trafic est très saisonnier — pics touristiques, campagnes, lancements ;
- votre audience est internationale et la latence compte.
Et la migration ?
C'est la question qui bloque le plus souvent, et l'inquiétude est légitime : une refonte mal conduite peut effacer des années de référencement. Nous avons détaillé les signaux qui justifient — ou non — de se lancer dans quand faut-il vraiment moderniser son site.
Le point critique est le plan de redirection. Chaque ancienne adresse doit pointer vers son équivalent en redirection permanente (301). Établi avant la bascule, il préserve intégralement vos positions. Établi après, il arrive trop tard : Google a déjà commencé à désindexer.
Dans notre expérience, une migration correctement conduite fait gagner des positions plutôt qu'en perdre — parce que le gain de vitesse est lui-même un facteur de classement.
Si vous hésitez sur votre cas précis, écrivez-nous. Nous vous dirons franchement si une migration en vaut la peine chez vous — y compris quand la réponse est non.